Articles Tagués ‘Strasbourg’

Un jeune intérimaire belge d’ArcelorMittal de 25 ans, John David, blessé lors de la manifestation des métallos mercredi à Strasbourg, a perdu l’usage de son œil après avoir été touché par un tir de Flash-ball.

Suite à cette violence policière – une de plus – , j’ai potassé la réglementation sur l’usage du Flash-ball et l’ai comparé avec les photos d’hier…

Aïe! Problème, big problème même!

Premier chose qui saute aux yeux… l’arme que les gendarmes ont utilisés à Strasbourg, n’est pas un Flash-ball!

Voici un Flash-ball:

flash-ball

Et voici ce qui a été utilisé hier…

LBD-40

Le premier est le vrai Flash-Ball Super-Pro à balles molles de 44mm (29gr.) commercialisé par Verney-Carron, en service depuis 1995, le second est le LDB40 « Exact Impact » à projectiles « mi-dur » de 40×46mm (95 gr. avec partie en plastique) commercialisé par Brugger & Thomet, en service depuis 2006, et conçu pour riposter à des armes réelles…

Voici un tableau comparatif de ces deux armes, où l’on voit bien la différence entre le « vieux » Flash-ball sans viseur au tir approximatif limité à 7-10 m et cette saloperie de LDB40 qui possède un viseur Eotech-552 – destiné à l’usage militaire – , qui a une portée précise entre 10 et 30 m! Selon le CNDS, en dessous de trente mètres le point visé est systématiquement atteint!

Flash-ball superpro & LDB40

 EOTECH sur ldb40

Avec le système de visée EOTECH et la précision du LDB40 pas d’excuse possible…  « là où JE vise, je touche »

Cette arme fut adoptée par les « forces de l’ordre » suite aux émeutes de 2005, pour pouvoir riposter aux agressions par armes. Elle fut discrètement incorporée dans l’ensemble des unités de police et de gendarmerie depuis.

– En 2009, la Direction centrale de la Sécurité publique avait rappelé la proscription de viser « au niveau du visage ou de la tête » et la nécessité d’une utilisation « proportionnée » (SIPA).

– Toujours en 2009, le CNDS à émit de graves réserves quand à son usage lors d’un attroupement et l’a déclaré « peu adaptée lors de manifestations »

-Si le classique Flash-ball n’est pas très efficace utilisé en tir tendu (chute de la trajectoire après quelques mètres) et jamais à moins de 7 m , le LDB40 quant à lui, DOIT être utilisé en tir tendu puisque sa balistique est comparable à une munition réelle (canon rayé), mais il ne peut JAMAIS être utilisé à moins de 10 m. Et point important, les deux ne peuvent en aucun cas être utilisés hors du cadre légal de la légitime défense!!!

Rapport CNDS LBD40

Rapport 2009 du CNDS sur le LDB40 – CLIQUEZ SUR L’IMAGE POUR LA LECTURE

info flashball & LDB40

Ils précisent bien « peut être létal à distance rapprochée »! Et ça vient du Ministère de la défense…

Face à la multiplication de plusieurs blessures sérieuses occasionnées par des tirs de Flash-ball la Direction centrale de la sécurité publique (DSCP) a adressé, en mai 2009, une note aux divers directeurs départementaux leur rappelant les « règles impératives » de l’utilisation de cette arme, notamment le respect des distances minimales « pas moins de sept mètres pour le Flash-ball » et « pas moins de dix mètres pour le LDB40 » (15 selon le CNDS), proscrivant la visée « au niveau du visage ou de la tête » et insistant sur le fait que l’utilisation devait être « proportionnée » aux faits et liée à la légitime défense.

Interrogé en 2006 par l’AFP un expert en armes avait déclaré sous couvert de l’anonymat que le Flash-ball est une arme « théoriquement non létale » mais que le tireur ne doit en aucun l’utiliser à moins que la distance prévue (7 & 10 m) et surtout ne pas viser la tête car « une balle de flash-ball à bout portant peut tuer ». Dans son entretien avec l’AFP en 2002, l’inventeur du Flash-ball, Pierre Richet, rappelait déjà les règles d’utilisation: « ne tirer qu’en légitime défense, que lorsque l’on risque de prendre un coup ou qu’on en a déjà pris un, ne pas braquer les gens », concluant « si on les transgresse, cela veut dire que l’on est incapable d’utiliser l’arme ». CQFD!!!

On peut donc conclure en disant que ce LDB40 est prévu pour tirer de loin et avec précision sur une cible sélectionnée et ajustée… ce qui implique donc un « tir plus réfléchi, précédé d’un temps d’observation et d’ajustement dans le viseur de la cible »! Effectivement, c’est bien ce qui c’est passé à Strasbourg, regardez les photos, vous verrez des gendarmes en position de visée sur appui, viser calmement et consciencieusement leurs cibles – heureusement qu’ils tirent comme des clenches, il y aurait plus de blessés – , mais les photos montrent aussi des gendarmes qui ciblent des travailleurs à moins des dix mètres réglementaires, et surtout dans des situations CALMES, sans aucun danger pour eux!!! Un tribunal français a déjà condamné (30 avril 2012) un gendarme pour ce genre de faute grave ayant conduit à… la perte d’un œil!

Voici les photos qui montrent clairement les gendarmes viser sciemment les travailleurs:

Flash ball et LDB40

On y voit les deux, Flash-ball et LDB40, mais ils avancent et ne sont pas en danger et les « cibles » sont à moins de 10 m..!

projectile du  flashball LDB40

Le projectile du LDB40 a brisé la visière du casque… donc c’est bien la tête qui fut visée!

LDB-40

En sécurité sur une position en hauteur… mais on vise quand même les manifestants..!

flash-ball LDB-40 projectile mi-dur

Même dans une paluche de métallo c’est un fameux projectile, comment déjà? Ah oui, « semi-dur »…

flashball LDB-40 CRS

Ils n’ont pas l’air d’être en danger, les matraques sont posées… mais je vise toujours, on sait jamais!

flash-ball LDB-40 strasbourg

Des travailleurs qui n’ont pourtant pas l’air menaçant se font braquer par un LDB40 quasi à bout portant… ils sont +/- à respectivement 2.5, 4 et 5 m!!!

flash ball LDB-40 CRS rambo

Il a vraiment l’air en danger… Matraques posées sur les boucliers.

LDB-40 et flash-ball BAC

Pas moins de quatre flash-ball..! On dirait que c’est leur première manif, pas fier la BAC…

flashball

Au moins deux qui visent un métallo… Et c’est pas vraiment les jambes qu’ils visent là, hein!

Tout les témoignages parlent de tirs à hauteur de visages et quasi à bout-portant! De toutes façons avec leurs viseurs EOTECH, on voit nettement les yeux de celui qu’on vise… et on se marre « Tiens prends ça dans la gueule connard »! J’imagine bien les discussions au retour à la caserne: « dis donc, tu l’as pas raté le mec, hein. Y reviendra pas de sitôt celui-là… »  Et ils doivent en être fier en plus!

————————————————–

ArcelorMittal: un manifestant belge perd l’usage d’un oeil – article de l’Humanité

Fash-ball: La totale

27 novembre 2007 blog – La liste des blessés s’allonge et la justice traîne

Le flash-ball, une arme à l’origine de graves blessures

AVIS ET RECOMMANDATIONS de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité – Saisine n°2008-1 du 12 mars 2008 (.pdf)

« Conseils d’urgence à l’intention des personnes gravement blessées par la police »

—————————-

A lire dans lundimatin#59, du 3 mai 2016 Flashball : 10 ans de blessures, 10 ans de lutte

« Si l’effet physique d’un tir de flashball dans la tête est microscopique à l’échelle de la foule, il est macroscopique au niveau de la peur qu’il produit. »

—————————-

Info du syndicat hier:
Camarades, mauvaise nouvelle concernant John David: il a perdu son œil droit, il a une fracture de la pommette, et 8 points de suture a l’arcade. Il en a pour 5 jours là bas.

Dernières nouvelles: « on rentre à l instant de Strasbourg, John est en état de choc , il a quelques soucis de perte de mémoire suite a son état. Pour l’instant il porte une prothèse oculaire pour quelques semaines. Il va déposer plainte contre les flics français et espère arriver a faire bouger les choses. Il nous demande un soutien fort et se réjouit de revoir sa famille et ses camas. Il doit rentrer lundi 11/02. Il vous embrasse tous et vous remercie pour votre soutien. »

Publicités

Bruxelles, Namur, Strasbourg. Trois villes qui ont « accueilli » les travailleurs d’Arcelor-Mittal comme des chiens, de dangereux agitateurs, voire des terroristes comme le disait un délégué cette après-midi…

« Les travailleurs et les représentants syndicaux d’Arcelor-Mittal de France, de Belgique et du Luxembourg qui sont allés manifester ce mercredi à Strasbourg devant le parlement européen se sont heurtés aux forces de l’ordre. Il y a eu plusieurs blessés. La police française, qui craignait des débordements, en avait coincé certains sur un parking à proximité pour leur faire subir une fouille corporelle complète… » Ça c’est ce que retiendra le téléspectateur lambda de votre sombre journée à Strasbourg, du moins jusqu’au feuilleton sur TF1…

Mais enfin, que croyiez-vous camarades – je me permet de vous appeler camarades pour avoir trimé de nombreuses années en industrie et/ou sur chantier dans la métallurgie et le forage – , que nos dirigeants et les députés européens dont vous espériez de l’aide ou du moins de la compréhension se tracassent réellement de votre situation, de votre avenir, du mien? Ne me dites pas que vous leur faites confiance? Vous fustigez la police en Belgique, les gendarmes en France, mais croyez- vous qu’ils agissent de leur propre initiative? Ce sont des militaires en France et des fonctionnaires en Belgique, donc des corporations qui n’agissent QUE sur ordres précis des autorités politiques – ceux-là même de qui vous espériez de l’aide – , s’ils se permettent de vous mépriser de la sorte, de vous péter la gueule sans craindre de représailles, de vous interdire le centre-ville comme à de la vermine, de retenir des délégations venues en car hors de Strasbourg, de vous fouiller à corps comme des malfrats, c’est qu’ils agissent sur ordres et qu’ils ont un blanc-seing pour frapper dur et arrêter du prolo!

Fouilles des carsd français

Fouillés comme des malfrats et certains empêchés de rejoindre la manif

Décortiquez ce qui s’est passé aujourd’hui – idem à Bruxelles et Namur – , « on » a décidé que vous ne passeriez pas! « On » a décidé de vous faire passer pour des brutes, pour de pauv’prolos incapables de s’exprimer sans violence, le message interne était clair: « on ne discute pas avec ces gens-là môssieur, ils ne sont pas de notre monde, réglons ça entre gens de bonne condition… ». Pendant qu’à l’extérieur vous vous faisiez matraquer, gazés, tirer dessus – ah oui, ce n’était « que » des flash-ball et des balles en caoutchouc – , derrière les vitres de la forteresse Europe on ne savait même pas que vous existiez…! Écoutez ce journaliste belge qui a passé sa journée dans les couloirs du Parlement européen… Question de la présentatrice du JT: « Comment cette manifestation houleuse a-t-elle été perçue au sein même du parlement? » réponse du journaliste… « Alors, j’ai passé une partie de l’après-midi dans ce parlement et je peux vous dire que c’est un peu étonnant, parce que… la plupart des gens qui étaient dans ce parlement cette après-midi n’ont RIEN SU, RIEN VU, RIEN ENTENDU DE CE QUI SE PASSAIT. Ils ne savait pas qu’il y avait une manifestation, ça peut paraître incroyable, il n’y avait que quelques centaines de mètres entre les-uns et les autres, mais moi franchement j’ai eu l’impression qu’il y avait DEUX UNIVERS, DEUX PLANÈTES VRAIMENT DIFFÉRENTES..! » Et pour qu’un journaliste de la RTBF ose dire ça… c’est qu’il a vraiment été choqué! (vidéo ci-dessous à 03:00)

Ces eurocrates vivent effectivement sur une autre planète! Lors de la manif intersyndicale à Bruxelles du 24 mars 2011 , nous avions prévu une action en solidarité contre le « Pacte de compétitivité », à l’intérieur même du Parlement européen avec des amis « désobéissants », pendant une conférence sur la dette tunisienne, où nous avions réussis à nous faire invité (sic)… et donc nous attendions l’heure dite pour l’action, alors qu’à quelques centaines de mètres des travailleurs arrachaient les pavés et affrontaient les flics..! Hé bien, tout comme ce journaliste nous avions été choqués de voir ces eurocrates dans leurs beaux costumes à plusieurs milliers d’euro, discuter politique et vacances au soleil en rigolant… ILS IGNORAIENT ROYALEMENT la présence de dizaines de milliers de travailleurs mécontents à quelques pas de là!!! Et ça papotait et ça s’échangeait des cartes de visites… vous n’existiez pas! D’ailleurs l’action dans le parlement fut un flop total, car ils n’eurent qu’une réaction mi-amusée, mi-condescendante envers ces pauvres gauchistes avec leurs banderoles… Ça ne les touchait pas dans leur tour d’argent.

A l’évidence ces gens se foutent des milliers de pertes d’emploi du groupe Mittal et sous-traitant. Un commissaire européen en charge de l’industrie parle de « l’élaboration d’un plan sidérurgique européen qui sera prêt en juin », mais même s’il est prévu pour juin – ce à quoi personne ne croit, il faut bien vous laisser un os à ronger – , en juin vous serez tous au chômage à calculer ce qu’il faut sacrifier pour s’en sortir, et les belges iront voir leur syndicat pour savoir dans combien de mois leur maigre chômage – dégressif depuis peu – va tomber au stade… aumône!

On ne va pas énumérer, l’humiliation, les fouilles, la colère, l’incompréhension, vous l’avez tous ressentie et nous pour vous. Voici donc les liens et vidéos qui résument cette journée  – une de plus – à marquer d’une pierre noire.

Vidéo MW « Strasbourg, France: Steel workers protesting closures clash with police near EU parliament »

Manifestation des Mittal à Strasbourg : « On ira leur Brûler l’ Elysée s’il le faut »  vidéo youtube +++

Strasbourg: heurts entre les métallos d’ArcelorMittal et les policiers RTBF-info

Les « Arcelor » d’Europe manifestent à Strasbourg sous haute tension Lalibre.be

Strasbourg: affrontements entre manifestants et forces de l’ordre lors de la mobilisation de ce matin RTL-vidéo

—————————————

Après ça, on ne s’étonnera pas de savoir que les services de renseignement de la police française ont reçu récemment comme instruction de suivre « au plus près » les entreprises en difficulté afin d’anticiper une éventuelle « radicalisation » de mouvements sociaux qui pourraient échapper au contrôle des syndicats. « Dans un contexte économique dégradé qui touche l’ensemble des territoires, il est important de suivre au plus près la situation des entreprises et filières fragilisées, ou susceptibles de le devenir », explique cette note du directeur central de la sécurité publique (DCSP), qui fixe les objectifs prioritaires de la sous-direction d’information générale (SDIG, ex-RG).

Ce document, daté du 30 janvier 2013 et transmis aux différents directeurs départementaux de la sécurité publique (DDSP), souligne la nécessité « d’anticiper » les mobilisations, ainsi que « les risques d’incidents » ou d’éventuelles « menaces sur l’outil de production en cas de radicalisation d’un conflit ». Depuis plusieurs mois, le contexte social s’est détérioré en France, avec plusieurs annonces de suppressions de postes dans différents secteurs. Les services de renseignement, selon des sources policières, craignent une « radicalisation » de salariés de ces entreprises en difficultés. (Le figaro 04/02/13)

Déclaration de Ph. Poutou au Figaro le 05/02 : « Le danger pour l’Etat, le gouvernement comme pour les patrons mais aussi, et c’est plus surprenant, pour les directions syndicales (confédérations, fédérations) c’est la contagion des luttes, c’est la révolte généralisée car là il n’y a plus grand monde pour contrôler, maîtriser, encadrer le mouvement social »

Le gouvernement s’inquiète des risques d’explosion sociale L’express