Archives de 15 mars 2014

Une plongée vertigineuse dans les abysses de l’inhumanité
…une réflexion saisissante sur l’acte de tuer.

C’est l’histoire d’un réalisateur qui se rend en Indonésie pour réaliser un documentaire sur le massacre de plus d’un million d’opposants politiques en 1965, il ne s’imagine pas que, même 45 ans après les faits, les survivants terrorisés n’oseraient pas s’exprimer. Mais surtout, il ne s’attend pas à cette situation pour le moins ubuesque, sordide, où les bourreaux, eux, protégés par un pouvoir corrompu, s’épanchent librement et proposent même de rejouer joyeusement les scènes d’exactions qu’ils ont commises. Ces bourreaux revivent fièrement leurs crimes devant la caméra, en célébrant avec entrain leur rôle dans cette tuerie de masse…

The Act of Killing

On croirait l’affiche d’un road-movie sinistre… sauf que Safit, Anwar et Adi sont des criminels d’état en balade.

On avance dans ce film comme dans un cauchemar éveillé :
« En un mot, ce documentaire est brutal »

Qui se souvient qu’en Indonésie, en 1965, la junte militaire, aidée d’un mouvement milicien privé surnommé « les gangsters », a écrasé toute velléité du parti communiste à prendre le pouvoir, exposant plus d’un million d’opposants politiques à un massacre cruel et systématique? Qui sait que, 45 ans plus tard, l’Indonésie, qui s’inscrit dans un processus de modernisation et de développement parmi les plus spectaculaires au monde, n’a toujours pas réglé ces comptes avec ce sombre passé? Les bourreaux d’alors sont libres de leurs mouvements et considèrent la démocratie sous un angle conceptuel. Les survivants quant à eux, toujours terrorisés, n’osent pas s’exprimer.

The act of killing 2

Cet ancien tortionnaire revit avec un plaisir non dissimulé son odieuse technique d’exécution, n’omettant aucun détail!

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SYNOPSIS

En 1965, après l’assassinat de six généraux de l’armée indonésienne, le président Suharto désigne les responsables : le parti communiste indonésien. Des expéditions punitives sont aussitôt lancées, qui vont durer plusieurs mois. Un million de morts sont à déplorer, tués pour leur appartenance réelle ou supposée au parti communiste, syndicalistes, opposants divers, défenseur des droits humains, etc… Joshua Oppenheimer a retrouvé certains des tortionnaires qui ont participé au massacre. La justice ne les a jamais poursuivis. Ils racontent leur action et rejouent même, face caméra, les scènes de tortures auxquelles ils ont participé, sans manifester le moindre remord. Les survivants, eux, sont toujours ostracisés…

LA CRITIQUE

On est d’abord frappé de stupeur. Tout paraît choquant, effarant, obscène. Est-ce un canular de mauvais goût ? Une farce kitsch et trash dans l’archipel indonésien ? Une chose est sûre : ces presque deux heures passées en compagnie de tortionnaires relèvent de l’expérience extrême… Octobre 1965. L’armée prend le pouvoir à Jakarta. Pendant plus d’un an, la junte extermine les membres et sympathisants du Parti communiste local : entre cinq cent mille et un million de personnes, selon les estimations.

Pour raconter ce génocide oublié, le documentariste américain Joshua Oppenheimer se tourne vers les rares survivants, qui refusent de parler, trop dangereux. Ce diplômé de Harvard part alors à la rencontre des tueurs eux-mêmes, toujours bien en cour dans l’Indonésie d’aujourd’hui : une poignée de mafieux psychopathes, ravis de se vautrer dans leurs souvenirs sanglants. Il leur propose de rejouer leurs crimes dans des mises en scène de leur choix. Le dispositif enthousiasme le leader des sadiques, un certain Anwar Congo, crinière chenue et silhouette juvénile dans ses costumes en lin, soucieux de son élégance jusque sur les lieux de supplice où il évoque, comme d’autres le bon vieux temps, sa méthode pour tuer sans « tacher ».

Bande annonce: http://www.dailymotion.com/video/x15tb17_the-act-of-killing-bande-annonce-vostfr_shortfilms

The act of killing en streaming ( director cut vost) – cosmos documentaries

The act of killing en streaming ( director cut vost) – putlocker

(les sous-titres sont en anglais, mais les dialogues sont simplistes, même moi je peux suivre…)

Flash-ball et grenade de désencerclement

– Premier cas: 22 février, manif contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, Yves Monteil, photographe, fondateur de Citizen Nantes :

« Toute la finesse policière. Alors que je filmais et ne représentais aucun danger j’ai senti un choc au niveau de la poitrine. Suis tombé net et ai tout de suite compris qu’un tir de flash-ball a courte distance m’avait touché. Et c’est rien comparé aux blessés en pleine face….

Ce samedi 22 février 2014, je couvre, comme photographe indépendant, le rassemblement d’opposition à l’aéroport de Notre Dame des Landes. Mouvement que je suis – en photographie – depuis 2009… Je suis équipé d’un appareil photo avec une longue optique (300mm) et d’une mini caméra.

Après plusieurs minutes de capture vidéo et de photos à l’angle du quai Turenne et du Cours Olivier de Clisson, je suis témoin d’un gazage à la lacrymogène d’un groupe de journalistes. Tout en filmant je m’oppose verbalement  – « Héé, c’est des journalistes!«  – avant de recevoir un tir de flash ball dans la poitrine.

Ce récit en 17 images est réalisé avec les captures d’images fixes de ma caméra (In) et d’une caméra (Off) qui se trouvait derrière moi. Leurs auteurs ont bien voulu me les fournir. Il est important de bien voir ces photos avant de regarder la vidéo tout en bas…

Ce mec est de toutes les manifs du coin, c’est un peu notre « mediActivista », il se trouve avec un groupe de journalistes de la presse locale et nationale, il a au cou un appareil doté d’un objectif 300mm blanc des moins discret, il est dans une portion des plus calme, ne représente aucun danger… sauf pour deux petits branleurs de flics: un crétin de CRS à la gazeuse fébrile et une petite frappe de la BAC qui prend son flash-ball pour une extension de son pénis..! (quoique si on se réfère à Brassens… il semblerait que: « par bonheur, ils n’en avait pas..! 🙂 ) La blessure, un gros hématome, n’a rien à voir avec la gravité de celle d’un jeune manifestant qui lui, a perdu un œil – un de plus! – le même jour, il s’est pris la grenade assourdissante d’une racaille étatique en plein visage!

flashball nantes 22 fev 14

Celui qui a pris cette photo est visé par rien moins que deux débiles, en-deçà de la distance réglementaire! BAC Bloc?

– Reportage, photos et vidéo sur Citizen Nantes
– Pour un article détaillé sur les divers Flash-ball voir ICI

■ ■ ■

– Second cas: 22 février, manif contre l’aéroport de Notre Dame des Landes, Gaspard Glanz, journaliste de RennesTV :

En analysant image par image la séquence de l’explosion, on se rend compte que l’engin qui explose au pied du journaliste n’est pas une grenade assourdissante, mais une grenade de « désencerclement » – « Dispositif Balistique de Dispersion », (DBD) ou « Dispositif manuel de protection » (DMP). C’est une grenade explosive qui contient 18 fragments de plastique dur, en plus de sa douille en métal, projetés dans un rayon de 15m autour de l’explosion et qui atteint une intensité sonore de 165 dB à 5-15m selon le fabricant, la Société d’application des procédés Lefebvre (SAPL). Le problème c’est que cette « arme de guerre » n’est pas censée être utilisée « offensivement », mais uniquement dans des situations réelles « d’encerclement » qui nécessitent un acte « défensif » de la part de la police. En l’occurrence, les CRS étaient ici en ligne à plus de 20m, protégés par un canon à eau : il n’étaient donc absolument pas encerclés, et encore moins au contact des manifestants. Normalement, si la police avait respecté la procédure légale : de telles grenades n’auraient jamais dû être employées pendant toute la durée de la manifestation.

Encore une fois, ce journaliste se trouve loin des heurts avec les CRS, dans un groupe clairement identifié comme « presse »… Ce qui n’empêche nullement ces porcs de CRS de lancer, non pas une , mais bien une flopée de grenades diverses sur le groupe de journalistes en position stationnaire depuis dix minutes..! Une première grenade assourdissante est envoyée, suivie une seconde plus tard de deux DBD ainsi que d’une CM6 (la cartouche qui libère 6 pastille de gaz lacrymogène CS), pourquoi faire, on se le demande… Des CRS qui trouvent le temps long? Tu t’imagines, dix minutes sans pouvoir faire l’homme avec mes grenades? « Putain, on se fait chier chef, allez, on se défoule en attendant sur ces connards de journalistes..?!? »

blessures grenade désencerclement nddl

Et il avait pourtant enfilé deux pantalons par prudence…

L’onde de choc m’a arraché la peau au niveau des deux chevilles sur une surface de plusieurs cm2, presque symétriquement, tout en causant des brûlures au 2e et 3e degrés. Plus de 72h après l’explosion, ces plaies ne sont toujours pas cicatrisées, la chair y est encore à vif quand elle n’est pas carbonisée. L’explosion a par ailleurs projeté 3 fragments sur mes deux jambes : celui qui a atteint ma cuisse est clairement identité comme une balle de plastique rond (on dirait l’impact d’une bille). La blessure sur ma jambe droite, par sa forme beaucoup plus grande et son hématome plus large (ainsi que la douleur plus forte), fait plutôt penser qu’il s’agit de l’impact de la douille en métal. Un dernier fragment a ricoché contre l’articulation de mon genoux droit, provoquant un hématome de plusieurs dizaines de centimètres carrés sans perforation. Et il faut savoir que j’ai eu de la chance : les fragments n’ont pas pénétré sous la peau comme cela se voit souvent (ZAD…) lors de l’explosion de ces grenades, et ce pour un bonne raison : je portais deux pantalons pour m’en protéger. Les fragments ont percés le premier, mais pas le deuxième. Sinon, il aurait probablement fallu m’opérer pour retirer des éclats sous-cutanés.

– Reportage, photos et vidéos sur RennesTV

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Grenade de désencerclement, vous avez dit… inoffensive..?!?

grenade de désencerclement DMPVoici le type de saloperies utilisées à Nantes. Vous avez bien lu..! 160 Db de niveau sonore (annoncés à… 5-15m) et 80 joules d’énergie cinétique pour les billes! Pour comparer, voir le tableau ci-dessous pour le son, et pour se faire une idée de la force des billes… un pistolet de Paint ball ne peut dépasser les… 7,5 – 10 joules et ne peut être utiliser qu’avec protections individuelles sérieuses! Il est réglementairement prévu de les faire rouler vers les manifestants et uniquement pour se dépêtrer d’une situation à risque pour les poulets, d’où l’appellation « de désencerclement »! Quand on se souvient des quantités astronomiques de grenades ramassées après les offensives des CRS et Gardes mobiles sur la ZAD en novembre 2012… combien de grands sacs poubelles furent remplis! Sans compter les multiples blessés par ces saloperies, à qui on a du extraire des éclats de grenades des visages, des jambes, etc..!

seuil douleurs auditive

A partir de 130 Db la loi impose des mesures de protection, à 120 Db on atteint le seuil de la douleur et aux alentours de 160 Db les tympans éclatent..!

Parmi les blessures dues aux DMP, on compte entre autres : une joue ouverte pour une manifestante contre les nanotechnologies à Grenoble en 2006, la perte d’un œil, du goût et de l’odorat pour une jeune femme observant une manifestation dans cette même ville en 2007, l’amputation de deux orteils d’un manifestant à Saint-Nazaire en 2009 (« en cas de guerre civile, il faut du répondant », lui explique la police des polices), et la même année des brûlures et des plaies au contre-sommet de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique nord) à Strasbourg, sans omettre les nombreux blessés de la ZAD.

Bref, ce genre d’engin utilisé abondamment par les forces du désordre comme s’il s’agissait d’un jouet, n’est en fait qu’une grenade offensive camouflée, comprenant des pièces métalliques éjectées en tant que fragments lors de la déflagration, et ses billes en plastique dur font de graves dégâts, sans parler des dommages auditifs permanents engendrés. Les flics, comme pour le flash-ball ne respectent aucunes des directives et mesures de sécurités requises pour son usage, usage clairement incompatible avec le faible niveau d’instruction et moral du pandore de base… qui plus est avec celui d’un CRS aux quatre neurones continuellement en conflit sur le choix du remontant… Kronenbourg ou Ricard???

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