Archives de 24 juin 2013

Si alimentation biologique rime avec alimentation saine, elle devrait rimer aussi avec produits locaux.

Je suis pas compliqué comme mec, chez nous, on essaye de dépendre de moins en moins de cette société qui nous débecte. Déjà, on n’achète que ce qu’on ne sait pas piquer – un choux-fleur en poche c’est pas pratique, quoique… on a vu pire 😉 – , cultiver, récupérer ou faire soi-même. Quand je dois acheter des fruits, farines, etc, je privilégie le bio, mais lorsque je me pointe dans un magasin « Bio », je constate que la provenance de ces produits est aux antipodes de la production locale. Hier, des pommes bio venaient du Chili, les oignons de chine, les haricots princesse du Kénya..! Bon, je suis pas non plus intransigeant, je ne râle que pour les produits cultivables ou susceptibles d’être produit en Europe, il est évident que pour les bananes, dattes, café, cacao, avocats, épices, quinoa etc… ça court pas les rues dans nos régions.

article magasin bio

Dernièrement, le marché des produits biologiques croissant, les distributeurs doivent regarder au delà de nos frontières pour satisfaire la demande de leurs consommateurs et du même coup, nous fait perdre de vue un des principes de base de la culture biologique : sa dimension locale.

Prenons l’exemple d’un kiwi bio de Nouvelle-Zélande qui a parcouru 13.000 km; si ce dernier est, certes, meilleur pour la santé que ses équivalents traités chimiquement, il est en revanche écologiquement mauvais pour la planète.

Maintenant, il faut tenir compte de la pénurie de matières premières « bio » en Europe : même si les surfaces cultivées et le nombre de fermes bio vont croissant, la demande reste encore très supérieure à l’offre. D’où « l’obligation » d’importer. L’objectif d’une production bio 100 % locale est difficile à atteindre, voire utopique pour le moment…

Le phénomène est le même aux États-Unis, où le bio connait un boom sans précédent – les yankees deviendraient-ils moins cons? – , les fruits et légumes font en moyenne 2.500 km avant d’atterrir dans l’assiette des consommateurs. Ainsi, en plein hiver à New York, des magasins bio proposent à leurs clients des tomates, concombres, basilic, poivrons frais tous étiquetés « bio ». Or, ces produits, disponibles à l’année, sont cultivés à des milliers de kilomètres en Basse Californie au Mexique. Dans ces conditions, l’agriculture biologique n’est plus en phase avec le développement durable. L’exemple des productions intensives dans une région extrêmement aride comme la Basse Californie illustre bien son propos; un tiers des nappes phréatiques y seraient surexploitées malgré le recours à des techniques de conservation de l’eau comme la micro-irrigation. De plus, la pratique de la monoculture entraine un appauvrissement des sols.

Autre conséquence quand le bio vient de loin, son transport par voie aérienne ou maritime entraîne de fortes émissions de gaz à effet de serre favorisant le réchauffement climatique. 

De plus, les produits bio importés ne sont pas forcément soumis à la même réglementation pour l’obtention du label « Bio » – certains labels s’obtiennent… par fax, avec un virement joint. Enfin, ayant voyagé de longues heures/jours, ces produits ont souvent perdu de leurs qualités nutritionnelles et gustatives, et en se coupant des rythmes de la nature, on peut modifier l’équilibre de son propre métabolisme. Quels sont les problèmes écologiques liés à la consommation de fruits et légumes qui ne sont pas de saison : soit ces produits sont cultivés sous nos climats, et ils le sont alors sous serre ; la consommation d’énergie pour chauffer ces serres est dans ce cas énorme. Soit ils proviennent de contrées où le temps est plus clément, et c’est alors le transport pour acheminer jusqu’à chez nous ces produits qui pose question.

En France, le manger local est depuis longtemps prôné par les AMAPAssociations pour le maintien d’une agriculture paysanne – et les associations de consommateurs écolos car il permet de développer l’économie locale. Loin d’être incompatible avec la mention bio, cette pratique est de plus en plus encouragée car elle permet de dynamiser l’agriculture bio française. Et lorsqu’elle favorise des méthodes agricoles extensives, cette habitude de consommation évite sans aucun doute bien des émissions de gaz à effet de serre inutiles.

Le bio local en concurrence avec le bio importé

Le problème est que de nombreuses « chaines » de magasins Bio se créent avec la demande croissante, et que tout comme les grossistes « classiques » ils recherchent la rentabilité maximum, ce qui induit obligatoirement l’achat dans des pays ou la main d’oeuvre et les taxes sont moins chères… Or, si on achète « bio » c’est pas pour que ça profite à des salauds qui exploitent les journaliers dans des pays lointains, en se faisant des couilles en or, surtout que la provenance de pays moins onéreux ne change rien aux prix, seule la marge bénéficiaire est augmentée!

Dans l’idéal, le produit à privilégier serait donc à la fois, issu de l’agriculture biologique locale ET un produit de saison. A bon entendeur…

Dit autrement et avec tous les égards que l’on doit aux personnes de bonne volonté : un simple logo AB sur une étiquette n’est pas gage suffisant d’une vraie démarche écologique ; ni de la part de celui qui produit, ni de celui qui distribue, ni de celui qui achète. Ce logo garantit un mode de production vierge des souillures de l’agriculture chimique, et c’est déjà un énorme pas. Il n’exclut pour autant pas quelques dérives énergétiques au niveau de la production, de l’emballage, des transports ou des habitudes de consommation qui limitent parfois les ambitions environnementales liées par essence à la démarche. Se servir de son cerveau n’est pas interdit…

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Encourageons également les « dégustation/récupérations de bon sens » et les « marchés gratuits » organisés à Namur, Bruxelles, Louvain-la-neuve, etc…

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