Y a-t-il un risque de coup d’état en Espagne, voire… en Grèce?

Publié: 5 mars 2013 par Page de suie dans Articles
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Le particularisme espagnol

Partout dans le monde les pays ayant subi des dictatures on envoyés devant les tribunaux – fut-ce tardivement – les bourreaux qui les avaient asservis. Une épuration – réelle ou symbolique – des éléments d’extrême droite semblait évidente… Partout? Non, car en Espagne le passage du franquisme à la « démocratie de bazar » ne fut pas brutal, mais se fit par un processus de « transition pacifique », le roi Juan Carlos étant mis au pouvoir par ce chien de Franco. La première décision de ce « roi » fantoche fut d’ailleurs de confirmer à son poste, Carlos Arias Navarro, un porc phalangiste, dernier président du gouvernement de Franco. Bref, une vieille raclure fasciste sentant sa fin venir, a placer au pouvoir un connard d’aristo de droite incompétent pour éviter que des « sales gauchistes » qu’il à traqué toute sa vie ne prennent sa place et détruise son « œuvre »..! Pas de quoi être fier de lui le Juan Carlos de mes deux.

Il s’agit maintenant de savoir si un pays peut se construire « démocratiquement », si accessoirement une réconciliation reste possible, en niant son passé, en refusant de le regarder en face, en maintenant sa jeunesse dans l’ignorance de sa propre Histoire. Autrement dit : peut-on construire une démocratie sur l’impunité ? Aucun pays au monde n’a suivi ce modèle de l’oubli complet, de l’impunité totale, du refus de rendre justice et d’apporter réparation. De l’Allemagne post nazie (procès de Nuremberg mais, surtout, de Frankfort où des Allemands jugèrent des Allemands), aux pays d’Amérique latine, jusqu’aux commissions « Vérité et Réconciliation » d’Afrique du Sud, quand ce ne sont pas les tribunaux pénaux internationaux (Yougoslavie, Rwanda…) qui prennent le relais, les exemples sont nombreux où la volonté de réconciliation n’est rendue possible que si elle passe par un indispensable travail de vérité et de justice. En Espagne, la « transition démocratique » s’est soldée par l’oubli, l’amnistie et l’impunité pour les responsables des crimes odieux de la dictature franquiste.

En Grèce également, à la même époque il n’y eu pas réellement d’épuration à la chute de la Dictature des colonels et l’extrême droite a toujours été présente politiquement, ce qui donne aujourd’hui les résultats que l’on connait avec le retour du fascisme via l’Aube dorée ouvertement néo-nazie et la droite « classique » qui flirte allègrement sur la vague nationaliste brune.

Alors doit-on craindre que ces partisans du fascisme reviennent en force sur le devant de la scène, se risqueraient-ils à un coup d’état menant à une dictature nationaliste?

On aurait tort de croire que la paix et la démocratie sont définitivement installées en Europe. Il suffit par exemples de s’arrêter sur la situation de l’Espagne pour se rendre compte qu’un changement de paradigme est possible à tout moment.

Jusqu’à il y a quelques années, le risque d’un coup d’état populiste – voire carrément fasciste –  était considéré comme quasiment inexistant en Europe. Cependant la crise de la dette souveraine est venue changer brutalement la donne. Le spectre des défauts de paiement sur le Vieux-Continent est réapparu et avec lui les mesures d’austérité qui entraînent toujours les mêmes fléaux: mouvements sociaux, rejet de la démocratie, nationalisme et repli sur le populisme… pouvant aller jusqu’à  un changement de régime. Il serait imprudent de faire l’impasse sur l’histoire récente de la péninsule, car le dernier coup d’État – militaire – ne remonte en effet qu’au début des années 80 et a échoué seulement grâce à l’aura du roi Juan Carlos, aura qui a beaucoup terni depuis! De plus, n’oublions pas que le 23 janvier, l’Assemblée de Catalogne a déclaré solennellement que la région est une « entité légale et politique souveraine« . En d’autres termes, la Catalogne est prête à faire sécession, ce qui risque de déranger les esprits étriqués de certains nostalgiques qui ne voient que par l’unité de la nation. Bref, l’Espagne est au bord du précipice même si on l’oublie trop souvent.

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Le colonel Tejero aux Cortès, lors de la tentative du coup d’État
du 23 février 1981

Lors d’une conférence organisée le 6 février par un centre de réflexion à Madrid et qui portait sur les forces armées et la Constitution, il fut mis en lumière un certain « malaise » au sein d’une partie des officiers supérieurs de l’armée, notamment face à la gestion de la question catalane. Plusieurs officiers à la retraite ont pris la parole à l’occasion de ce colloque. Rien d’inhabituel à cela jusqu’à l’intervention du Général Juan Antonio Chicharo qui a commandé le corps d’élite de la marine jusqu’en 2010 – et a donc commencé sa carrière militaire sous Franco – et fait désormais partie de la réserve.

Qu’a t-il dit de particulièrement inquiétant ce général? Il a notamment fait part d’un « sentiment général de préoccupation, de peur, d’incertitude et de confusion au sein de l’armée espagnole » au sujet de la sécession possible de la Catalogne, allant jusqu’à regretter la démission en 2006 du Général José Mena qui s’était publiquement prononcé en faveur de la possibilité d’une intervention militaire afin de mettre un terme aux demandes d’autonomie plus importante de la région. Il a demandé ensuite, pendant son discours, d’imaginer un scénario qui a de grandes chances d’arriver: si le parti au pouvoir perd sa majorité absolue lors des prochaines élections générales et que les Catalans, en échange de leur soutien, demandent à abroger dans la Constitution la doctrine de « l’indissoluble unité » de l’Espagne, « que pourra-faire alors l’armée », s’est-il interrogé. Il n’a pas apporté de réponse… mais tout le monde a plus ou moins compris ce qu’il sous-entendait.

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Le pays est entré dans une ère de difficultés croissantes et l’évolution actuelle de la situation n’augure rien de bon. Jusqu’à présent, la figure du roi Juan Carlos servait d’unité à la Nation mais ce n’est désormais plus le cas puisque même la monarchie constitutionnelle est de plus en plus critiquée en tant que système de gouvernement. L’armée qui est « garante de l’unité de la Nation » et du respect de la Constitution pourrait tout à fait intervenir en cas de total discrédit des gouvernants et de risque réel d’implosion de l’unité espagnole. Ce n’est évidemment pas le scénario le plus souhaitable mais, dans tous les cas, on aurait tort de croire que l’Espagne est sur le chemin de la stabilisation. Le pays peut à tout moment s’enflammer, et faire avec lui basculer toute l’Europe dans un cycle infernal, les mouvements politiques nationalistes européens pourraient voir cela comme un signal…

Et en Grèce? La droite du premier ministre A. Samaras fricote de plus en plus avec l’idéologie de l’Aube Dorée.

Le parti d’Antonis Samaras a intégré des éléments pro-junte dans son groupe parlementaire, des membres de l’ancienne extrême droite du LAOS et du Parti du 4 août. Makis Voridis, par exemple, ancien membre du parti d’extrême droite LAOS est actuellement le porte parole du groupe parlementaire de Nouvelle Démocratie. Adonis Georgiadis quitte le LAOS pour Nouvelle Démocratie en février 2012. Konstantinos Kiltidis, a rejoint lui aussi Nouvelle Démocratie en 2012, ayant commencé sa carrière en 1973 au sein du Parti du 4 Août, un parti fasciste qui soutient ouvertement la dictature des colonels. Thanos Plevris a également rejoint Nouvelle Démocratie en mai 2012, il n’est autre que le fils de Konstantinos Plevris, considéré comme le père du néo-nazisme grec.

Il y a quelques jours, 85 députés du parti de droite « conservatrice » Nouvelle Démocratie, soit les deux tiers des ses membres élus, ont déposé un texte qui entend privilégier la « loi du sang » pour entrer dans la police ou l’armée nationale. Avec cet amendement, il ne suffira plus d’être citoyen grec pour accéder à ces fonctions, il faudra aussi être de « pure souche grecque ». Le parti nationaliste des grecs indépendants de P. Kammenos et le parti néo-nazi de N. Michaloliakos Aube Dorée ont bien entendu applaudit cette initiative et ont annoncé leur soutien pour le vote de ce texte… tu m’étonnes!

Cette initiative révèle encore un peu plus le vrai visage du parti du premier ministre Antonis Samaras, qui rallie l’extrême droite et affiche son mépris des droits de l’homme et des citoyens. Le 25 Février 2013, le chef des forces armées grecques Michalis Kostarakos a provoqué une réaction considérable sur l’échiquier politique quand il a écrit sur twitter : « Le temps est venu de réglementer par la loi la question de genos pour ceux qui s’inscrivent  dans les académies militaires. Ils doivent être grec par genos », autrement dit, ils veulent clairement « purifier » la police et l’armée de tout élément « à risque » pour leurs projets.

Quant on constate quotidiennement l’attitude partisane de la police grecque envers l’aube dorée, quand on voit ces « défenseurs de la loi » fermer les yeux sur les exactions xénophobes des milices nazies de l’aube dorée… quand ils n’y participent pas ouvertement, il y a de quoi s’inquiéter! Le slogan d’Aube Dorée, « Sang, Honneur, Aube Dorée«  rappelle des temps bien sombres. De plus, l’impunité dont profite les membres du parti néonazi depuis des mois maintenant pose de nombreuses questions sur la volonté réelle de l’État de lutter contre les violences racistes et les dérives fascistes. Et n’oublions pas qu’ils auront certainement le soutien de la haute bourgeoisie, car que si le bourgeois encense la démocratie en période faste, il préfère nettement le fascisme en temps de crise!

Alors, au vu de ces éléments, l’hypothèse d’un coup d’état dans ces pays… toujours fantaisiste???

Un militaire reste un militaire, con, brutal et avide de pouvoir! Ces porcs fascistes sont toujours là, tapis dans l’ombre, certains ne se cachant même plus comme en Grèce, et ils guettent leur proie! Au moindre signe de faiblesse de ces démocraties de pacotilles – gangrenées jusqu’à la moelle par la puanteur capitaliste et ses sbires de la CE, du FMI, de la BCE – , ils leur feront la peau! Mais ils nous trouveront toujours sur leur route, pas pour défendre un quelconque gouvernement – que nous haïssons pour d’autres raisons – , mais pour monter qu’un autre mode de vie, SANS gouvernement est possible… Car n’oublions pas, les anarchistes restent plus que jamais TRÈS présents, en Grèce, comme en Espagne!

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commentaires
  1. A reblogué ceci sur Nosotros.Incontrolados and commented:
    Questionnement déjà explorés par les nosotros.incontrolados et de nombreux autres compagnons à travers toute l’europe. Une bonne raison donc pour en appuyer une fois encore la diffusion. (Steph)

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  2. geneghys dit :

    A reblogué ceci sur les AZA and commented:
    Y a-t-il un risque de coup d’état en Espagne, voire… en Grèce?

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  3. -« , Il serait imprudent de faire l’impasse sur l’histoire récente de la péninsule, car le dernier coup d’État – militaire – ne remonte en effet qu’au début des années 80 et a échoué seulement grâce à l’aura du roi Juan Carlos, aura qui a beaucoup terni depuis! »-

    Si ce dernier « colpe » a été quelque peu « déjoué » par le monarque « éclairé » (ex dauphin du caudillo) c’est bien parce que ce « coup d’État » là, même en aboutissant à la restauration d’une dictature militaire sur le vieux modèle Franquiste, était encore par trop prématuré et avait donc bien peu de chances de se maintenir au pouvoir à cette époque et compte tenu de la situation globale en Europe.
    La situation a bien changé depuis. Ce n’est donc pas par amour de la démocratie que le Roitelet a préféré jouer « tactiquement » la carte de la Monarchie constitutionnelle. Certainement pas par un amour débridé des « droits de l’homme »…
    De plus l’exacerbation des « nationalismes régionaux » (s’appuyant comme jamais sur le confusionnisme de bazar) pourrait fort bien apporter paradoxalement de la flotte croupie à son moulin à balivernes. L’avenir, vu de cette façon n’est pas du tout éblouissant.
    S.

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    • Page de suie dit :

      Tu parles! Il est bien évident que ce connard de JC se foutait du peuple comme de son premier pot de vin..! La même chose aujourd’hui passerait comme une lettre à la poste, la plupart des jeunes espagnols ayant perdu la hargne révolutionnaire qui animait leur grands parents anarchistes. Maintenant, ils sont… « indignés » (sic) et pacifistes (si pas paciflics, quand ils donnent les « vilains méchants casseurs » aux mossos!) Ils feraient bien d’aller visiter les centaines de charniers où gisent les victimes du fascisme et d’aller pisser sur le monument du « caudillo ».

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      • geneghys dit :

        Je pense que c’est plus nuancé que cela, comme tout ce qui est politique d’ailleurs. AZA/NI ont déjà fait un énorme travail là-dessus et qu’une grande partie de la population a voulu son Juanito à cette époque.
        Le bipartisme essentiellement droitier a préféré mettre ce qui s’est passé sous le franquisme plutôt que d’entrer à nouveau dans une guerre civile. Et le pardon n’a jamais été vraiment fait entre les populations qui ont subi le franquisme et ceux qui en ont bien vécu. L’Ètat a compté sur l’oubli des EspagnolEs pour faire passer la sauce.
        Oublier ou renier l’histoire est le moyen le plus sûr de refaire les mêmes conneries dans les moments difficiles…
        Gene

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        • geneghys dit :

          J’ai oublié un mot: Le bipartisme essentiellement droitier a préféré mettre ce qui s’est passé sous le franquisme SOUS LA MOQUETTE plutôt que blabla, blabla

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      • Rions!
        Il m’est arrivé de rencontrer des « anars » se fourvoyant on ne saurait plus en considérant que les mesures de « pardon  » et de « réconciliation » étaient une excellente chose, que c’est à la faveur de cette initiative de haute stratégie politique de Juan Carlito qu’aurait été épargné aux valeureux peuple espagnol un « retour » en arrière…Que le Juan aurait joué « finement » la partie en cours avec le vieux dictateur en jouant le fidèle séide…Et que même Paf, il l’aurait niqué le bonhomme au ridicule calot à pompon..
        .Mouai-mouai…Rien n’est moins sûr!
        Steph

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        • geneghys dit :

          Ouais, ben si j’habite à côté de quelqu’un qui a bousillé tous ceux que j’aime et qu’on vienne me dire que cette foutue période est révolue, qu’on doit faire la paix avec son voisin et pardonner…mon petit doigt me dit que j’aurais beaucoup de peine à suivre les consignes gouvernementales…
          Et pour sûr que si en plus, j’ai des gosses, ne t’en fais pas que je vais m’empresser de leur apprendre que nos voisins sont des fumlards!
          Gene

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    • gatito dit :

      « nationalismes régionaux »? Tu sembles minimiser la question comme d’une petite révolte de banlieue? Tu oublies que sous Franco cette revendication légitime existait déjà et qu’il ne s’agit pas de régionalisme dialectal mais bien du droit légitime pour chaque peuple de décider de son avenir, de sa culture…. Pour un peu tu trouverais normal de t’exprimer en allemand si ceux-ci avaient gagné la guerre?

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  4. Bernie el Belga dit :

    Salut PDS, je te réponds sur ton site : je suis le BH qui interviens sur le blog de la camarade Anne Lowenthal : tu as raison …Je n’y connais rien en informatique, mais quand on m’explique je peux comprendre…a+

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  5. Moi c’est pareil…Il arrive qu’il faille m’expliquer plusieurs fois cependant…Je blague! En fait je passais pour dire un petit bonjour amical…(Steph)

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  6. Idiot de passer comme ça sans laisser quoique ce soit à moudre….Alors je reviendu et remet à votre sagacité notre dernier machin contenant aussi des liens sur un boulot qui nous a occupés des mois entiers.
    http://nosotros.incontrolados.over-blog.com/article-la-fange-bleu-narine-une-pestilence-qui-colle-aux-doigts-inventaire-vite-de-l-air-116075637.html

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